Témoignage ERASMUS

Témoignage de Maëlla Le Bayon, étudiante à l'Université Toulouse Jean Jaurès, qui nous raconte son expérience ERASMUS en Belgique.
Une façade d'un immeuble avec des drapeaux de différents pays accrochés au-dessus de l'entrée

Bonjour Maëlla, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Maëlla Le Bayon, j’ai 23 ans, je suis en 3ème année de Licence Science du Langage à l’Université de Jean Jaurès. 

Sur quelle période es-tu partie en Erasmus ?

Je suis partie en Erasmus pendant un an. Au départ, je ne devais partir que six mois mais on m’a conseillé de partir sur une année entière pour faciliter la mise en place des aménagements. Au final, c’était un bon conseil car j’ai pu prendre le temps de me familiariser avec ce nouvel environnement, prendre mes marques, rencontrer des gens sans pour autant être plus fatiguée que nécessaire. J’ai pu aussi constater une évolution au niveau de mes résultats : j’étais déroutée au premier semestre, ce qui a entraîné des notes moins bonnes, alors qu’au second semestre j’étais beaucoup plus à l’aise et mes notes sont remontées. 

Comment as-tu choisi ton pays de destination ?

En réalité, je ne l’ai pas vraiment choisi. Je suis en science du langage où je fais principalement de la linguistique française et anglaise, les pays de destination sont donc restreints. Ensuite, je suis en fauteuil roulant, je ne pouvais pas partir trop loin pour ne pas inquiéter ma famille. La Belgique paraissait une bonne décision car il y avait une fac avec un cursus adapté et mon père vivait là-bas ce qui me permettait de faire une première expérience à l’étranger dans les meilleures conditions possibles !

Comment s’est passée la mise en place de ton séjour Erasmus d’un point de vue administratif ?

Cela a été long, compliqué et intense. Il faut constituer un dossier si notre handicap nécessite un financement important : nous devons fournir des devis pour justifier la moindre dépense. Nous sommes un petit peu tout seul dans ce procédé, nous ne recevons pas réellement d’aides. Si notre dossier est accepté, un budget nous est alloué selon la durée réelle de notre séjour.

Durant le séjour, nous nous retrouvons à nouveau seul face à toute la charge administrative que nécessite le handicap. Le service des relations internationales étant surchargé, les réponses aux maisl et le lien entre les deux universités ne se font pas.  

Est-ce tu avais des interlocuteurs définis ?

Dans ce genre de projet, il faut être assez autonome ! On n’a pas réellement d’interlocuteurs outre la conseillère Erasmus de notre faculté, mais qui n’est pas en charge des personnes en situation de handicap spécifiquement. Pour trouver les contacts du service handicap, j’ai dû aller sur le site internet de l’université, écrire à des contacts qui m’ont par la suite redirigée. 

As-tu reçu des informations sur ton université et/ou ton logement avant de partir ?

De la part de mon université à Toulouse, je n’avais que les informations disponibles sur le site d’Erasmus : “MoveOn“. Quant au logement, ils n’avaient pas d’informations à me donner. Le service handicap de mon université d’accueil m’a envoyé un mail avec tout un tas de sites internet où je pourrai trouver mon logement en me rappelant les problématiques d’un logement pour PMR à Louvain-La-Neuve. 

Comment se passe la prise en charge des étudiants en situation de handicap à Louvain-La-Neuve et plus spécifiquement au sein de l’université ?

A Toulouse, le pédagogique est séparé de l’administratif : l’aspect pédagogique est géré par des référents handicap et l’administratif par des responsables handicaps. A l’UCLouvain (mon université d’accueil) il n’y avait qu’une seule personne dédiée par faculté autant pour la partie pédagogique et administrative. 

Comment as-tu trouvé ton logement ?

Suite à mon rendez-vous avec le service handicap de UCLouvain, j’ai reçu un mail d’une assistante sociale avec différentes adresses de sites de logements avec des critères qui pourraient me correspondre. J’ai trouvé mon studio sur un de ces sites. J’ai dû faire des concessions et des adaptations, c’est sûr, mais j’ai réussi à trouver un logement au premier étage avec ascenseur à deux minutes à pied de l’université, en hyper centre-ville. Cependant, il est important de garder en tête que le prix des loyers est très variable selon les lieux, par exemple le prix de la location de mon studio était de 900€.

Comment s’est passé ton déménagement ? Et la découverte de ton nouveau logement ?

Mon déménagement s’est très bien passé grâce à mon père qui a transporté toutes mes affaires. L’emménagement s’est bien déroulé aussi, c’est mon père qui a fait toutes les visites et qui a été mon interlocuteur à distance. J’ai réussi à avoir un appartement très chouette.  J’ai eu beaucoup de chance, et j’en suis très reconnaissante ! 

Comment s’est fait ta nouvelle prise en charge médicale ?

Dans mon cas, j’avais surtout besoin de kinésithérapie spécialisée en neurologie à raison de deux heures par semaine. Heureusement, à Louvain-La-Neuve il y a beaucoup de professionnels médicaux et paramédicaux, ce qui m’a permis de mettre en place rapidement une prise en charge adaptée.

Comment s’est passée ta rentrée universitaire et ta rencontre avec les autres étudiants ?

En plusieurs temps. Je suis arrivée deux semaines avant le début des cours. Durant cette période, il y a eu la rencontre avec les autres étudiants internationaux lors d’une journée dédiée, c’était très sympa. Après ça, j’ai pu rencontrer les autres étudiants, les étudiants Belges, lors de la reprise des cours et j’étais tellement surprise de leur accueil si chaleureux ! C’était vraiment déroutant et amusant de se retrouver dans de nouveaux locaux, avec de nouvelles têtes, de nouveaux accents, et puis surtout faire de nouvelles rencontres. C’était très excitant, j’ai vraiment aimé ! 

As-tu rencontré des difficultés dans ton adaptation pédagogique ?

Oui, le système à l’UCLouvain est vraiment différent. A l’Université Jean-Jaurès j’avais l’habitude de régler les problèmes directement avec le professeur en charge du cours. Alors qu’à l’UCLouvain, le référent handicap se veut l’interlocuteur entre les étudiants en situation handicap et les professeurs. Mais en réalité,  je n’ai pas eu tant de soucis que ça. 

Est-ce que les cours ont répondu à tes attentes ?

Il y a un peu de déception de ce côté là si je suis totalement sincère. J’aime beaucoup mes études et je m’attendais à être baignée d’informations passionnantes. Alors qu’en réalité je me suis retrouvée obligée de choisir des cours par dépit : pour leur localisation pratique, leur accessibilité ou même leurs horaires spécifiques.  

Et pour l’aménagement de tes examens comment ça se passait ?

Chill ! Ils sont vraiment très chill ! Tout se passe globalement comme à Toulouse. La seule différence c’est que ce n’est pas des étudiants bénévoles qui sont rémunérés pour accompagner durant les épreuves mais des référents handicaps. Ensuite, nous n’avons pas besoin d’amener notre ordinateur pour passer l’examen, on nous en prête un. 

Comment gérais-tu la logistique pour rentrer chez toi pendant les périodes de vacances ?

Avec le fauteuil c’était plus simple de voyager en train avec tout de même un changement à Paris à ne pas négliger. C’est une sacré organisation à mettre en place ! Tu as ta valise, tes affaires à gérer, tes billets à prendre, les assistances à appeler, le taxi à réserver… Et puis il y a les imprévus de voyages ! Une fois je me suis retrouvée bloquée à Paris pendant une nuit, j’ai dû trouver un logement, prendre un taxi… 

Comment se passait ta vie sociale là-bas ? Est-ce que tu avais des craintes ?

En partant, les gens étaient un peu effrayés pour moi : je suis en situation de handicap, je suis loin, comment ça va se passer ? Et puis j’ai un côté un peu casanière, j’aime bien être seule ce qui me rassurait, mais j’aime bien quand même avoir mon cercle d’amis. J’avais une petite appréhension “si je ne me fais aucun ami ?“ Et puis je me suis lâchée la grappe et j’ai osé ce que je n’osais pas à Toulouse ! Les gens sont hyper accessibles, très accueillants, toujours prêts à  discuter. J’ai réussi à créer des amitiés assez fortes et j’en suis contente.  

Est-ce que tu as un souvenir joyeux du séjour Erasmus ?

J’en ai pleins, tellement qu’il est compliqué d’en choisir qu’un ! L’expérience en elle-même était fantastique et les conséquences aussi. Que ce soit au niveau psychologique, des relations humaines, de ma propre confiance en moi ou même de ma récupération post-accident, tout est merveilleux. 

Est-ce que tu as un souvenir négatif ?

Je n’arrive pas vraiment à trouver un souvenir vraiment négatif. Plutôt des aléas à relativiser. Par exemple, l’épisode de l’ascenseur en panne qui a duré une semaine et demie, où je suis restée bloquée dans mon appartement, je ne l’ai pas trop mal vécu. Mes amies se relayaient pour venir me voir et passer du temps avec moi. Du coup, un épisode négatif s’est transformé en un de mes meilleurs souvenirs avec elles.

Témoignage transcrit par Chloé Ber–Garo, relu et corrigé par Clémence Bize.