Ambroise Daudin, le joueur de goalball

Bonjour, est-ce que vous pouvez vous présenter pour nos lecteurs ?
Ambroise Daudin : Bonjour, je m’appelle Ambroise Daudin, j’ai 43 ans, et je suis joueur de goalball en équipe de France.
Avant l’interview, on ne connaissait pas du tout ce sport, pouvez-vous nous nous expliquer en quoi consiste le goalball ?
AD : Oui, alors cela se joue sur un terrain de volley de 9 mètres sur 18. A chaque extrémité, il y a des cages qui font la largeur du terrain. Ce sont de très grandes cages, d’un mètre trente de haut. Devant ces cages, il y a une équipe de trois joueurs, soit six joueurs en tout sur le terrain. Ces joueurs plongent de façon synchronisée pour arrêter un ballon type basket, rempli de grelots et il est creux, il rebondit très mal. On le lance un peu façon ‘‘bowling’’, et le principe est de marquer le plus de buts possibles. Une petite règle particulière à ce sport, c’est qu’au bout de dix buts d’écart le match s’arrête. Peu importe le temps réglementaire qui est de deux fois douze minutes. Un match peut se terminer au bout de six minutes s’il y a dix à zéro par exemple, c’est déjà arrivé.
Comment se passe un entraînement ?
AD : Cela dépend des clubs. Nous, on a que des bénévoles, bien souvent c’est nous qui faisons tout. Les joueurs sont aussi déficients visuels pour la plupart, on en a un qui fait arbitre officiel mais qui est également joueur. Ensuite, avant de débuter un entrainement, il faut monter le terrain, ce qui nous prend beaucoup de temps. Il faut installer des tapis sur lesquels sont tracées les lignes, puisque les lignes sont des petites ficelles que l’on recouvre de scotch pour avoir des repères tactiles sur le terrain. Ensuite, on monte les cages. Puis on s’échauffe et enfin, on commence à jouer. Alors soit on fait des matchs à thèmes, soit des matchs libres entre nous. Quand on a la chance d’avoir des bénévoles qui viennent nous aider, on a des arbitres, sinon on se débrouille entre nous, et là c’est un petit peu la galère !
Depuis combien de temps êtes-vous dans l’équipe ?
AD : J’ai connu le goalball il y a six ans, et j’ai commencé à joueur par ici, à Toulouse. Ensuite j’ai été pris, pendant deux ans en équipe de France, et j’ai connu d’autres joueurs d’autres clubs. Je suis parti jouer à Lyon pendant deux ans. Entre temps, j’ai aussi joué à Nîmes. Et je suis revenu depuis le début de cette saison, à Toulouse !

Comment avez-vous trouvé votre place dans l’équipe à Toulouse ?
AD : J’ai été très bien accueilli, on m’a beaucoup conseillé sur comment jouer au goalball, sur ce qui était important, sur le matériel à avoir. J’ai tout de suite trouvé ma place, ça a tout de suite été très accueillant et je me suis vite impliqué dans ce sport parce que cela m’a fait beaucoup de bien. J’ai beaucoup aimé découvrir ce sport et les gens qui le pratiquent.
Comment vous sentez vous aujourd’hui dans la dynamique de l’équipe ?
AD : Je me sens très impliqué. Alors j’ai commencé en tant que joueur dans ce club, ensuite j’ai fait un petit peu mes armes en équipe de France et dans les autres clubs que je citais précédemment et aujourd’hui, je reviens avec de l’expérience. J’essaye de transmettre ce qu’on m’a appris au début dans ce club, je suis coach de D2 en collaboration avec un collègue. Donc je suis beaucoup plus impliqué qu’au début, c’est un sport que j’aime. Ici, c’est mon club de cœur, je suis content d’y être revenu et de participer à sa pérennité.
Vous nous avez dit que le goalball fonctionnait en équipe, est ce que les joueurs ont des postes attitrés ? Avez-vous un poste de référence dans l’équipe ?
AD : Il y a trois postes, on va dire. On se positionne un peu en triangle, pour vous donner un peu une image, devant ses buts. Il y a le centre, qui est un poste bien particulier, c’est celui qui est le plus exposé aux tirs, il est essentiellement défenseur mais il peut être également attaquant s’il en a envie. C’est lui qui mène un peu la défense, donc les autres doivent se décaler en fonction de là où est la balle et des instructions du centre. C’est un poste qui est clé et essentiel dans une équipe. Il n’est pas facile à assumer. Ensuite il y a les ailiers, droite et gauche, défenseurs, mais généralement ils sont beaucoup plus attaquants que le centre. Moi, je suis plutôt ailier à droite, mais il m’arrive de jouer à gauche. Je fais parfois du centre pour dépanner mais ce n’est pas du tout mon poste de prédilection. Et quand je fais du centre, c’est généralement à l’entrainement. C’est un poste que j’aime beaucoup et qui est très exigeant.
Comment gérez-vous la pression pour les jeux ?
AD : C’est une grosse pression, mais on apprend à la gérer. C’est une question d’expérience aussi, on a géré des grosses compétitions, notamment trois ou quatre championnats d’Europe depuis la création de l’équipe de France. On a des joueurs d’expérience en équipe de France, on se soutient les uns les autres. On a des coachs qui sont présents, qui sont là pour nous. Alors oui, malgré tout ça, il y a quand même de la pression, mais on essaye de cultiver le plaisir qu’on prend à jouer à ce sport. On essaye de faire passer ça avant la pression. Nous, on a tout à prouver, donc c’est galvanisant. Evidemment qu’on a de la pression, mais il y a bien d’autres choses qui passent avant, et qui permettent de passer au-dessus.
Quel rôle a joué le sport dans votre vie ?
AD : On m’a diagnostiqué une rétinite pigmentaire à 18 ans, c’est une maladie qui évolue avec le temps, et qui a tendance à faire diminuer la vue. J’ai un champ visuel qui se restreint, une vue nocturne qui a tendance à se dégrader aussi avec le temps. Quand on me l’a diagnostiqué, à 18 ans, je voyais plutôt bien, j’avais un petit peu de difficulté la nuit mais pas plus que ça. Je n’avais pas de canne à ce moment-là, je sortais encore avec mes amis. Et puis petit à petit, ma vue s’est dégradée, et en fait, j’ai réagi comme beaucoup de gens qui perdent la vue au fur et à mesure, dès que je n’arrivais plus à faire quelque chose, j’arrêtais de le faire, tout simplement. Au fur et à mesure, le temps passant, on se retrouve à ne plus faire grand-chose au final et à être tout seul chez soi. Là, je me suis dit que ce n’était plus possible et qu’il fallait faire quelque chose. Je voulais me sortir de cet espèce d’état dépressif, de réclusion. J’ai cherché sur internet un sport que je pouvais pratiquer et je suis tombé totalement par hasard sur le goalball. J’ai décidé d’essayer et ça m’a surpris. Je ne m’attendais pas du tout à ça. C’est un sport qui est très étonnant par ce qu’il n’y a pas d’équivalent chez les valides. C’est un sport qui est spécifique à, ce que moi j’appelle, ‘‘la culture déficient visuel’’, et j’ai tout de suite adoré. Et pour répondre à votre question, ça m’a sorti de mon état. J’ai rencontré des gens qui avaient les mêmes problématiques que moi, qui avaient rencontré les mêmes difficultés et qui avaient des solutions, parce qu’eux-mêmes, étaient parfois déficients visuels depuis la naissance, ou avaient parfois des parents déficients visuels, donc ils connaissaient le problème, ils connaissaient les solutions et savaient comment les surmonter. Ça m’a fait beaucoup de bien de rencontrer ces gens-là, et aujourd’hui je suis complètement épanoui.
Par rapport aux jeux Paralympiques, comment appréhendez-vous cette compétition ?
AD : C’est une super opportunité. Les Paralympiques en France c’est une chance incroyable ! Honnêtement, quand j’ai commencé le goalball si on m’avait dit que je participerais aux jeux paralympiques, j’y aurais jamais cru ! Aujourd’hui, je suis aux portes de cette superbe compétition, c’est une chance de montrer et de faire connaître le goalball. Parce que c’est un sport qui est méconnu. Même chez les déficients visuels en fait, on se rend compte que c’est un sport qui n’est pas très connu. Ce sport qu’on aime, on a envie de le montrer tous ensemble. On a envie de prouver qu’il a un intérêt. On a envie de montrer pourquoi on l’aime. On a envie de prouver qu’en France, on est capable de faire du bon goalball, même si on a quand même un retard d’expérience. L’équipe de France a été créée il y a seulement six ans. Alors que dans certains pays, ils y jouent déjà depuis des dizaines d’années. C’est un sport qui a été créé il y a soixante-quinze ans, qui est issu d’un exercice de rééducation pour les estropiés de la Seconde Guerre Mondiale et qui a dérivé petit à petit en sport pour les déficients visuels. Alors il a beaucoup évolué, à l’époque on y jouait pas du tout comme ça, mais le goalball moderne est vraiment très dynamique, il a une scène internationale qui est incroyable. On y joue au Monténégro, en Amérique du Sud, en Asie, il y en a partout ! Evidemment, les plus forts, c’est les brésiliens. Et on est super contents et super fiers de pouvoir défendre nos couleurs face à des grandes équipes comme ça. Qui plus est, chez nous, à la maison, c’est une occasion de présenter ce sport à la prochaine génération.
Est-ce que vous souhaiteriez transmettre un message aux jeunes en situation de handicap ?
AD : Je suis sensible aux personnes qui sont en train de vivre des parcours similaires au mien, c’est à dire l’isolement. J’aimerais que ces gens entendent ce message et réalisent qu’ils peuvent rencontrer des gens qui vivent la même situation qu’eux. Il existe des solutions qui peuvent aider à s’en sortir. Et faire du sport ça fait du bien, on s’éclate, on prend beaucoup de plaisir.
Propos recueillis par Emmy Fernandes et Louis Anouilh